mardi 28 octobre 2014

samedi 25 octobre 2014

  Valeurs actuelles (2)







De 1816 à 1827, époque à laquelle les cabinets littéraires, d’abord établis pour la lecture des journaux, entreprirent de donner à lire les livres nouveaux moyennant une rétribution, et l’aggravation des lois fiscales sur la presse périodique fit créer l’Annonce, la librairie n’avait pas d’autres moyens de publication que les articles insérés ou dans les feuilletons ou dans le corps des journaux. Jusqu’en 1822, les journaux français paraissaient en feuilles d’une si médiocre étendue que les grands journaux dépassaient à peine les dimensions des petits journaux d’aujourd’hui. Pour résister à la tyrannie des journalistes, Dauriat et Ladvocat, les premiers, inventèrent ces affiches par lesquelles ils captèrent l’attention de Paris, en y déployant des caractères de fantaisie, des coloriages bizarres, des vignettes, et plus tard des lithographies qui firent de l’affiche un poème pour les yeux et souvent une déception pour la bourse des amateurs. Les affiches devinrent si originales qu’un de ces maniaques appelés collectionneurs possède un recueil complet des affiches parisiennes. Ce moyen d’annonce, d’abord restreint aux vitres des boutiques et aux étalages des boulevards, mais plus tard étendu à la France entière, fut abandonné pour l’Annonce. Néanmoins, l'affiche, qui frappe encore les yeux quand l'annonce et souvent l'oeuvre sont oubliées, subsistera toujours, surtout depuis qu'on a trouvé le moyen de la peindre sur les murs.
L'annonce, accessible à tous moyennant finance, et qui a converti la quatrième page des journaux en un champ aussi fertile pour le fisc que pour les spéculateurs, naquit sous les rigueurs du timbre, de la poste et des cautionnements. Ces restrictions inventées du temps de M. de Villèle, qui aurait pu tuer alors les journaux en les vulgarisant, créèrent au contraire des espèces de privilèges en rendant la fondation d'un journal presque impossible. En 1821, les journaux avaient donc droit de vie et de mort sur les conceptions de la pensée et sur les entreprises de la librairie. Une annonce de quelques lignes insérée aux Faits-Paris se payait horriblement cher. Les intrigues étaient si multipliées au sein des bureaux de rédaction, et le soir sur le champ de bataille des imprimeries, à l'heure où la «mise en page» décidait de l'admission ou du rejet de tel ou tel article, que les fortes maisons de librairie avaient à leur solde un homme de lettres pour rédiger ces petits articles où il fallait faire entrer beaucoup d'idées en peu de mots. Ces journalistes obscurs, payés seulement après l'insertion, restaient souvent pendant la nuit aux imprimeries pour voir mettre sous presse, soit les grands articles obtenus, Dieu sait comme! soit ces quelques lignes qui prirent depuis le nom de «réclames». Aujourd'hui, les moeurs de la littérature et de la librairie ont si fort changé, que beaucoup de gens traiteraient de fables les immenses efforts, les séductions, les lâchetés, les intrigues que la nécessité d'obtenir ces réclames inspirait aux libraires, aux auteurs, aux martyrs de la gloire, à tous les forçats condamnés au succès à perpétuité. Dîners, cajoleries, présents, tout était mis en usage auprès des journalistes. 



Balzac, Illusions perdues.

jeudi 23 octobre 2014

Valeurs actuelles (1)




In memoriam M. de Margerie




Journal : Institution incapable de faire une différence entre un accident de bicyclette et l'effondrement de la civilisation.


G. B. Shaw





mardi 21 octobre 2014

Nouveau scandale dans le Monde de l'Art !


Après le plug anal de la place Vendôme...






...la célèbre Roue de bicyclette de Marcel Duchamp voilée !



dimanche 19 octobre 2014

A bout de souffle







Vends corbillard occasion  : levier de vitesse bloqué au point mort.


Pierre Dac



jeudi 16 octobre 2014

Last but not least





Des Indiens sortent pour la première fois de la... par lemondefr

Ils ont toujours vécu au cœur de la forêt amazonienne à l'écart du monde extérieur, mais sont sortis de la forêt, probablement pour fuir des orpailleurs ou des bûcherons. Quasi nus et armés d'arcs, des Indiens isolés ont créé le contact avec le département des affaires indigènes du Brésil et d'autres indigènes, les Ashaninkas, sur les berges du fleuve Envira.

C'est le 26 juin qu'a eu lieu la première approche des Indiens isolés. Ils sont apparus en train de traverser la rivière Envira près du village de Simpatia. « Ils sifflaient et faisaient des bruits d'animaux », explique Carlos Travassos directeur du département des Indiens isolés de la Funai au site G1 de Globo.

Cet expert en Indiens isolés a expliqué que les approches étaient assez fugaces et que les Indiens retournaient rapidement dans la forêt. Cela a recommencé les jours suivants, jusqu'au contact direct et pacifique qui a été facilité par deux interprètes indigènes qui parlent la langue pano et ont établi une relation de confiance avec eux. C'est alors qu'on pu être tournées ces images.

Selon l'anthropologue Terri Aquino de la Funai, l'approche a été faite probablement pour acquérir des haches, des coutelas et des casseroles. « Ce peuple est en quête de technologie. C'est important pour leur vie parce qu'il y a uneguerre” interne entre eux et en raison du contact avec des groupes non indigènes, a-t-il dit à G1. Ils ont raconté avoir été attaqués par des non-indigènes et beaucoup sont morts après avoir contracté la grippe et la diphtérie. »

La Funai a indiqué que, quand les Indiens isolés étaient revenus il y a trois semaines dans le village Simpatia, ils avaient la grippe. Une équipe médicale du gouvernement a été envoyée et a traité sept Indiens malades pour éviter la contamination de la tribu, qui compterait une cinquantaine de personnes. Cette information a été qualifiée d'« extrêmement préoccupante » par Survival International, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes, car des épidémies de grippe ont déjà anéanti des tribus entières par le passé.

Le Monde.fr

mercredi 15 octobre 2014

mardi 14 octobre 2014

samedi 11 octobre 2014

Après vendanges


Vue de Prague.


V'là les pesans qu'ont fait vendanges !
V'là les perssoués qui pissent leu' jus ;
On travaille aux portes des granges
A "rassarrer" l'vin dans les fûts.
L'vin ! Ça met des moignieaux qui chantent
Dans les coeurs et dans les servieaux,
Mais moué qui n'fait qu'de bouer de l'eau
J'me sens dans les boyeaux du vente
Comm' des gernouill's qui font coin-coin...
J' vourai ben m'foute eun' saoulé de vin !

Tout l'monde est saoul su'mon passage,
Mêm' le Maire qui vient d'marier
Deux bourgeouésiaux de l'environnage,
Et même itou Môssieu l'curé
Qu'a vidé trop d'foués son calice :
M'en v'là des gens qu'ont l'air heureux,
I's s'donn'nt la main ou l'bras entre eux,
I's s'étayent et s'rend'nt el sarvice
D'ramasser c'ti qu'a culbuté,
I's s'embrass'nt su'tous les coûtés
Au'nom de la fraternité.
Et leu's dégueulis s'applatissent
Coumm' des étouel's le long du chemin.
J'vourai ben m'foute eun' saoulé d'vin !

Allons les homm's, allons mes frères !
Allons avancez- moué-z-un verre,
J'veux fraterniser avec vous ;
J'veux oublier tout' ma misère
En trinquant et buvant des coups
Avec les grands, avec les grous !
J'veux aphysquer les idé's rouges,
Les idé's roug's et nouer's qui bougent
Dans ma caboch'de gueux et d'fou :
J'veux vous vouer et vouer tout en rose
Et crouer qu'si j'ai mal vu les choses
C'est p'têt' pas que j'étais pas saoul.
Allons, avancez-moué-z'un verre...
Je veux prend'e eun' cuite à tout casser
Et l'souer couché dans un foussé

Ou m'accottant à queuqu's tas de pierres
Pour cuver mon vin tranquill'ment
J'me rappell'rai p'têt' la prière
Que j'disais tous les souers dans l'temps,
Et l'bon Guieu et tout' sa bricole
Et la morale au maît' d'école,
Propriété, patrie, honneur,
Et respect au gouvarnement,
Et la longér' des boniments
Dont que j'me fous pour le quart d'heure.
Je trouv'rai p'têt'e itou qu'on a tort
D'voulouer se cabrer cont' son sort,
Que le mond' peut pas êt' sans misère,
Qu'c'est les grous chiens qui mang'nt les p'tits
Et qu'si je pâtis tant su c'tte terre
J'me rattrap'rai dans l'Paradis.

Allons les homm's, allons mes frères !
Je veux ben que j'n'ai pas l'drouet au pain,
Laissez-moué l'drouet à la chimère,
La chimèr' douc' des saoulés d'vin.


Gaston Couté, Après vendanges.


mardi 7 octobre 2014

Faut que ça saigne !







Commerce n. Sorte de transaction à travers laquelle A dépouille B des biens de C et en compensation de laquelle B soulage les poches de D de l'argent de E.

Ambrose Bierce, Le dictionnaire du Diable.




vendredi 3 octobre 2014

 Fantôme d'une ville






(...) Ces observations, incompréhensibles au delà de Paris, seront sans doute saisies par ces hommes d’étude et de pensée, de poésie et de plaisir qui savent récolter, en flânant dans Paris, la masse de jouissances flottantes, à toute heure, entre ses murailles ; par ceux pour lesquels Paris est le plus délicieux des monstres : , jolie femme ; plus loin, vieux et pauvre ; ici, tout neuf comme la monnaie d’un nouveau règne ; dans ce coin, élégant comme une femme à la mode. Monstre complet d’ailleurs ! Ses greniers, espèce de tête pleine de science et de génie ; ses premiers étages, estomacs heureux ; ses boutiques, véritables pieds ; de partent tous les trotteurs, tous les affairés. Eh ! quelle vie toujours active a le monstre ? À peine le dernier frétillement des dernières voitures de bal cesse-t-il au cœur que déjà ses bras se remuent aux Barrières, et il se secoue lentement.




Toutes les portes bâillent, tournent sur leurs gonds, comme les membranes d’un grand homard, invisiblement manœuvrées par trente mille hommes ou femmes, dont chacune ou chacun vit dans six pieds carrés, y possède une cuisine, un atelier, un lit, des enfants, un jardin, n’y voit pas clair, et doit tout voir. Insensiblement les articulations craquent, le mouvement se communique, la rue parle. À midi, tout est vivant, les cheminées fument, le monstre mange ; puis il rugit, puis ses mille pattes s’agitent. Beau spectacle ! Mais, ô Paris ! qui n’a pas admiré tes sombres paysages, tes échappées de lumière, tes culs-de-sac profonds et silencieux ; qui n’a pas entendu tes murmures, entre minuit et deux heures du matin, ne connaît encore rien de ta vraie poésie, ni de tes bizarres et larges contrastes. Il est un petit nombre d’amateurs, de gens qui ne marchent jamais en écervelés, qui dégustent leur Paris, qui en possèdent si bien la physionomie qu’ils y voient une verrue, un bouton, une rougeur. Pour les autres, Paris est toujours cette monstrueuse merveille, étonnant assemblage de mouvements, de machines et de pensées, la ville aux cent mille romans, la tête du monde. Mais, pour ceux-, Paris est triste ou gai, laid ou beau, vivant ou mort ; pour eux, Paris est une créature ; chaque homme, chaque fraction de maison est un lobe du tissu cellulaire de cette grande courtisane de laquelle ils connaissent parfaitement la tête, le cœur et les mœurs fantasques.






 Aussi ceux- sont-ils les amants de Paris : ils lèvent le nez à tel coin de rue, sûrs d’y trouver le cadran d’une horloge ; ils disent à un ami dont la tabatière est vide : Prends par tel passage, il y a un débit de tabac, à gauche, près d’un pâtissier qui a une jolie femme. Voyager dans Paris est, pour ces poètes, un luxe coûteux. Comment ne pas dépenser quelques minutes devant les drames, les désastres, les figures, les pittoresques accidents qui vous assaillent au milieu de cette mouvante reine des cités, vêtue d’affiches et qui néanmoins n’a pas un coin de propre, tant elle est complaisante aux vices de la nation française ! À qui n’est-il pas arrivé de partir, le matin, de son logis pour aller aux extrémités de Paris, sans avoir pu en quitter le centre à l’heure du dîner ? Ceux- sauront excuser ce début vagabond qui, cependant, se résume par une observation éminemment utile et neuve, autant qu’une observation peut être neuve à Paris il n’y a rien de neuf, pas même la statue posée d’hier sur laquelle un gamin a déjà mis son nom (...).


Balzac, Ferragus, chef des Dévorants.



Vues de Tianducheng