mardi 4 août 2015

Du fade









Endive n.f. 
 Sorte de chicorée domestique que l’on élève à l’ombre pour la forcer à blanchir. La caractéristique de l’endive est sa fadeur : l’endive est fade jusqu’à l’exubérance.
Sa forme, qu’on peut qualifier de n’importe quoi, genre machin, est fade.
Sa couleur, tirant sur rien, avec des reflets indescriptibles à force d’inexistence, est fade.
Son odeur, rappelant à l’amnésique qu’il a tout oublié, est fade.
Son goût, enfin, puisque, dit-on, de nombreux pénitents mystiques préfèrent en manger plutôt que de crapahuter sur les genoux jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, atteint dans la fadeur gastronomique des sommets que le rock mondial frôle à peine dans la pauvreté créatrice.
L’endive, en tant que vivante apologie herbacée de la fadeur, est l’ennemie de l’homme qu’elle maintient au rang du quelconque, avec des frénésies mitigées, des rêves éteints sitôt rêvés, et même des pinces à vélo. L’homme qui s’adonne à l’endive est aisément reconnaissable, sa démarche est moyenne, la fièvre n’est pas dans ses yeux, il n’a pas de colère et sourit au guichet des Assédic. Il lit Télé 7 Jours. Il aime tendrement la banalité. Aux beaux jours, il vote, légèrement persuadé que cela sert à quelque chose.
  

Pierre Desproges, Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis.



vendredi 31 juillet 2015

Connecting shadows







Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.


Steve Jobs




mardi 30 juin 2015

Il était une fois en Europe de l'Ouest




Affiche réalisée par l'AAEL


JE SUIS CHARLIE


"La démocratie s'arrête là où commence la raison d'État."






vendredi 26 juin 2015

Pousser le bouchon







    La crise que nous vivons n’est pas que bancaire, économique et sociale ; c’est une crise de civilisation, de la civilisation de la surconsommation qui a poussé le bouchon trop loin. C’est ce qu’ont vécu Rome et la Grèce : le déclin d’une civilisation qui en a trop fait. Il faut réinventer un autre monde : c’est un problème de valeurs, passer du paraître à l’être. On en a beaucoup profité et, fatalement, la bulle éclate un jour. Ici, c’est une bulle sociétale.



Jacques Séguéla

lundi 11 mai 2015

 L'enfer des vivants








    L’enfer des vivants n’est pas chose à venir ; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l’enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place.



Italo Calvino - Les Villes Invisibles





Vues de Berlin



mercredi 29 avril 2015

 Saudade






Si les choses étaient vraiment ce qu'on voulait qu'elles fussent, il s'en trouverait encore pour regretter qu'elles ne soient plus ce qu'elles étaient.


Pierre Dac




vendredi 27 mars 2015

Balade dans le 9.3.






 
 


Tous les jours Dimanche, par Manolo Mylonas.


 

    J’aime les beaux paysages : ils font quelquefois sur mon âme le même effet qu’un archet bien manié sur un violon sonore : ils créent des sensations folles ; ils augmentent ma joie et rendent le malheur plus supportable. 


Stendhal, Mémoires d'un touriste.



mardi 3 mars 2015

Tant de sueur humaine






Tant de sang gâté
Tant de mains usées
Tant de chaînes
Tant de dents brisées
Tant de haine
Tant d'yeux éberlués
Tant de faridondaines
Tant de faridondés
Tant de turlutaines
Tant de curés
Tant de guerres et tant de paix
Tant de diplomates et tant de capitaines
Tant de rois et tant de reines
Tant d'as et tant de valets
Tant de pleurs tant de regrets
Tant de malheurs et tant de peines
Tant de vies à perdre haleine
Tant de roues et tant de gibets
Tant de supplices délectés
Tant de roues tant de gibets
Tant de vies à perdre haleine
Tant de malheurs et tant de peines
Tant de pleurs tant de regrets
Tant d'as et tant de valets
Tant de rois et tant de reines
Tant de diplomates et tant de capitaines
Tant de guerres et tant de paix
Tant de curés
Tant de turlutaines
Tant de faridondés
Tant de faridondaines
Tant d'yeux éberlués
Tant de haine
Tant de dents brisées
Tant de chaînes
Tant de mains usées
Tant de sang gâté
Tant de sueur humaine




Raymond Queneau, Tant de sueur humaine.



samedi 28 février 2015

Grave la folie







     Tu parles des marches et je pense à celles que nous creusons pour monter, la trace laborieuse dans la neige dure, entamée coup après coup par le piolet. Nous fabriquons un escalier qu’une heure de neige peut effacer, derrière nous les marches se referment. C’est beau de ne pas laisser de trace. Si je pense que les pas des premiers astronautes sur la Lune ont laissé des empreintes qui sont encore là par manque de vent et de pluie, je bénis les miens qui se recouvrent. La trace indélébile du gros soulier d’Armstrong est une idée fixe pour moi, je voudrais aller là-haut avec un balai pour l’effacer.



Erri de Luca, Sur les traces de Nives.


jeudi 12 février 2015

Dust Bowl






"On ne peut plus se passer de printemps, parce qu'on n'a plus d'espérance."


Un entretien avec Pierre Lieutaghi à retrouver sur le site de la revue Jef Klak.






mercredi 28 janvier 2015

Une grande histoire d'amour






        La fenêtre de ma cellule donnait sur la cour aux rats, une petite cour sombre close par des bâtiments administratifs de l'ancienne abbaye aux fenêtres condamnées. Cette petite cour pavée était le royaume des rats. Les détenus les nourrissaient, ils leur jetaient du pain et des restes de leurs gamelles. Certains les pêchaient à l'aide de ficelles et d'hameçons improvisés. On entendait des éclats de voix quand les rats étaient parvenus à déjouer le piège en coupant la ficelle avec leurs dents et à emporter l'appât. Un rat montait sur le dos d'un autre et tranchait la ficelle. Les rats chassaient le pigeon et se cassaient les dents sur les lames jetées par les fenêtres juste avant la grande fouille. Par un beau jour de printemps, on a vu arriver un couple de pigeons roucoulant et se faisant sans cesse des bisous. L'un des deux, on n'a jamais su si c'était la femelle ou le mâle, s'est posé sur les pavés de la cour pour attraper un morceau de pain. Les rats, qui le guettaient planqués dans l'ombre, lui sont aussitôt tombés dessus. Le pigeon s'est battu jusqu'au bout mais ils ont fini par l'avoir. L'autre pigeon voletait autour de la mise à mort sans pouvoir rien faire ; il s'est finalement posé sur le rebord d'une gouttière pour assister au spectacle sanglant : les rats ont dévoré le pigeon vivant sur place. Ils n'ont laissé que quelques plumes et des os. Cette histoire n'aurait rien d'extraordinaire si le survivant s'était envolé. Mais celui-ci est resté jusqu'à l'été sur le bord de la gouttière. Seul, comme une sentinelle oubliée, il surveillait les restes de son compagnon ou de sa compagne. Chaque matin, on se disait qu'il serait parti, et chaque matin on le trouvait à la même place, stoïque sur le rebord en zinc. C'était une grande histoire d'amour et tous les détenus la connaissaient, ceux qui n'avaient pas vue sur la cour nous demandaient des nouvelles, même les surveillants.


Nan Aurousseau, La ballade du mauvais garçon.





lundi 19 janvier 2015

In Dog we trust








Vénération : attitude spirituelle d'un homme envers un dieu et d'un chien envers un homme.


Ambrose Bierce, Dictionnaire du Diable.





samedi 17 janvier 2015

Comment lisent les ânes








    Dans une conversation avec Tamerlan, Djeha-Hodja Nasreddin commença à vanter les mérites de son âne :
- Il est tellement intelligent que je peux tout lui apprendre, même à lire.
- Va et apprend lui à lire, dit Tamerlan. Je te donne trois mois pour cela.
    De retour chez lui, il commença l'apprentissage avec son âne. Il mit sa nourriture habituelle entre les pages d'un gros livre et lui apprit à tourner les pages avec sa langue pour trouver la nourriture. Il cessa de le nourrir trois jours avant le terme de trois mois fixé par Tamerlan. Emmenant l'animal à Tamerlan, il lui demanda un gros livre et le posa devant l'âne affamé. Ce dernier entreprit de tourner les pages avec sa langue et, ne trouvant rien, se mit à braire.
- C'est sûrement une étrange manière de lire, dit Tamerlan.
- Oui, rétorqua Djeha-Hodja Nasreddin, c'est ainsi que lisent les ânes.




vendredi 16 janvier 2015

Fruit mûr









Chaque époque nous offre des fruits à cueillir qui ne viennent qu'en leur temps.


Cicéron, De la vieillesse, X.




 

mardi 13 janvier 2015

Où est Charlie ?

A l'arrêt de l'autobus 27.





    L'homme d'aujourd'hui n'est pas ce qu'on peut imaginer platement en le voyant dans la rue épousseter sa deux chevaux avec un petit plumeau de couleur, ou même caresser les vitres avec une peau de chamois jaune d'or. « L'homme d'aujourd'hui, m'apprend une réclame d'éditeur, l'homme d'aujourd'hui entend se comporter comme un adulte responsable. Il se méfie des idées préconçues. Ou imposées. Il recherche les faits. Il dispute, il juge, il décide par lui-même. Il veut connaître le dossier des affaires sur lesquelles il doit s'engager. »

    Tel est l'homme d'aujourd'hui. Il « décide par lui-même » d'épousseter sa 2 CV avec une peau de chamois. Que faisait-il donc hier ? Lorsque j'étais enfant, un garçon de dix-neuf ans menait une section au feu. Et la ramenait. Autant que possible. S'il s'endormait en sentinelle, on le fusillait. Quand un garçon du même âge, aujourd'hui, plante un couteau dans le ventre d'une vieille dame, on en accuse la société. On plaint le pauvre enfant d'avoir manqué d'une mère qui le chouchoutât suffisamment. Peut-être a-t-on raison (la vieille dame dit le contraire, mais on ne peut être juge et partie ; tant pis pour elle ; tant pis pour la vieille dame) ; peut-être donc a-t-on raison, mais on est bien obligé de constater que l'âge adulte commence plus tard.

    « L'homme d'aujourd'hui » se méfie des idées imposées. Que faisait donc l'homme d'hier ? Comment s'imagine-t-on que raisonnaient Aristote, Platon, Socrate, Luther, Calvin ou saint Thomas ? En matière religieuse, il n'est pas d'hérésie, de schisme, d'idée biscornue, de coupage de cheveux en seize qui soient encore à inventer. La doctrine du « libre examen » coupa la chrétienté en deux. Et encore faut-il ajouter que, parmi les tenants de la simple tradition, il y en avait énormément qui le restaient par libre examen, par suite d'un raisonnement qui les amenait à se dire que la vérité avait plus de chance de se trouver du côté de la majorité des spécialistes de plusieurs siècles.

    S'agirait-il de politique ? Il faut arriver à nos jours pour découvrir une théorie qui donne d'avance un blanc-seing au pouvoir. C'est un miracle de la foi, non le fait d'un esprit qui « connaît le dossier de l'affaire dans laquelle il s'engage ».




    S'agit-il de commerce ou de publicité ? On vend ce qu'on veut à qui l'on veut. On crée des besoins rien qu'avec une image. Les mêmes pour tous : Brigitte Bardot, le savon Machin. Les ménagères ne marchandent plus : elles achètent 300 francs la tomate de Durand qui est à 200 francs chez Dupont, juste à côté. Pourquoi ? Dieu sait ! Certainement pas parce qu'elles ont « étudié le dossier ».

    La vérité, c'est qu'on n'a jamais vu pareille docilité des masses. Parce qu'il n'y eut jamais tant de moyens de les conditionner à son gré. L'instruction elle-même y concourt, qui permet de lire le même journal à tous les hommes. L'analphabète était bien obligé d'avoir ses idées personnelles, « de disputer, de juger, de décider par lui-même ». Aujourd'hui, il en croit le prospectus général.

    Le prospectus général l'assure qu'il ne cesse de devenir plus libre, plus intelligent et plus fort. Que les siècles se superposent et qu'il y voit, par conséquent, de plus en plus loin. Mais il en va de ce socle hautain comme de celui de ce procureur auquel un avocat disait : « Monsieur l'avocat général, votre position supérieure est une erreur du menuisier ».

    La superposition des siècles est une erreur de la métaphore, disons une aventure de la comparaison. Une aventure risquée. Avec une autre image, on montrerait aussi bien l'homme écrasé par le poids du temps. Depuis qu'il existe et qu'il attend l'autobus 27 sous une pluie fine, il a bien le droit d'être fatigué. Aussi fait-il la queue sans jamais protester. L'occupation, la pénurie, l'habitude de se mettre derrière lui ont appris à tout avaler. On n'entend plus au guichet de la poste ce client revendicateur et prêt à tout pour la joie de protester, même à marchander le timbre-poste : cet homme têtu, grandiloquent et tatillon qui fit la fortune de Courteline.

    L'évolution, s'il en est une, a agi dans le sens de la docilité. La « révolte » elle-même est un slogan. Une idée reçue avec respect et par tout le monde. Jamais époque ne fut aussi respectueuse du pour, du contre, et de tout ce qu'on veut. Je cherche en vain cet « homme d'aujourd'hui » dont m'entretiennent les prospectus comme d'un géant de l'opinion personnelle. Il faut chercher l'homme d'aujourd'hui où il se trouve. À l'arrêt de l'autobus 27. Sous une pluie fine. En chapeau mou. Il revient de son triste travail au bout d'une journée monotone. Il ne « dispute » pas, il ne « juge » pas, il ne veut ouvrir aucun « dossier ». Il veut regagner aussi vite que possible sa maison grise dans sa pluvieuse banlieue. Il demande uniquement deux choses : premièrement de ne pas faire la guerre ; deuxièmement, une augmentation.

    Tel est le fruit de sa petite expérience.

    Et c'est ainsi qu'Allah est grand.


Alexandre Vialatte, Chroniques de La Montagne.





lundi 12 janvier 2015

Bête et méchant




Ouverture des soldes à Charlie Hebdo...




... Et déjà en rupture de stock !




Merci à Seb pour cette vanne atroce...


mardi 23 décembre 2014

vendredi 19 décembre 2014

Dead end !







There's a crack up in the ceiling,
And the kitchen sink is leaking.
Out of work and got no money,
A Sunday joint of bread and honey.

What are we living for?
Two-roomed apartment on the second floor.
No money coming in,
The rent collector's knocking, trying to get in.

We are strictly second class,
We don't understand,
(Dead end!)
Why we should be on dead end street.
(Dead end!)
People are living on dead end street.
(Dead end!)
Gonna die on dead end street.

Dead end street (yeah)
Dead end street (yeah)

On a cold and frosty morning,
Wipe my eyes and stop me yawning.
And my feet are nearly frozen,
Boil the tea and put some toast on.

What are we living for?
Two-roomed apartment on the second floor.
No chance to emigrate,
I'm deep in debt and now it's much too late.

We both want to work so hard,
We can't get the chance,
(Dead end!)
People live on dead end street.
(Dead end!)
People are dying on dead end street.
(Dead end!)
Gonna die on dead end street.


(Dead end!)
People live on dead end street.
(Dead end!)
People are dying on dead end street.
(Dead end!)
Gonna die on dead end street.
Dead end street (yeah) 
Head to my feet (yeah)
Dead end street (yeah) 
How's it feel? (yeah)
How's it feel? (yeah)
Dead end street (yeah)
Dead end street (yeah)

vendredi 7 novembre 2014

Mort !

 

 

Les Armes ont tu leurs ordres en attendant
De vibrer à nouveau dans des mains admirables
Ou scélérates, et, tristes, le bras pendant,
Nous allons, mal rêveurs, dans le vague des Fables.

Les Armes ont tu leurs ordres qu’on attendait
Même chez les rêveurs mensongers que nous sommes,
Honteux de notre bras qui pendait et tardait,
Et nous allons, désappointés, parmi les hommes.

Armes, vibrez ! mains admirables, prenez-les,
Mains scélérates à défaut des admirables !
Prenez-les donc et faites signe aux En-allés
Dans les fables plus incertaines que les sables.

Tirez du rêve notre exode, voulez-vous ?
Nous mourons d’être ainsi languides, presque infâmes !
Armes, parlez ! Vos ordres vont être pour nous
La vie enfin fleurie au bout, s’il faut, des lames.

La mort que nous aimons, que nous eûmes toujours
Pour but de ce chemin où prospèrent la ronce
Et l’ortie, ô la mort sans plus ces émois lourds,
Délicieuse et dont la victoire est l’annonce !


 Verlaine





Vues du Testet




dimanche 2 novembre 2014

Carcenac...



Rue des Changes, Toulouse, le 1er novembre 2014.





mardi 28 octobre 2014

samedi 25 octobre 2014

  Valeurs actuelles (2)







De 1816 à 1827, époque à laquelle les cabinets littéraires, d’abord établis pour la lecture des journaux, entreprirent de donner à lire les livres nouveaux moyennant une rétribution, et l’aggravation des lois fiscales sur la presse périodique fit créer l’Annonce, la librairie n’avait pas d’autres moyens de publication que les articles insérés ou dans les feuilletons ou dans le corps des journaux. Jusqu’en 1822, les journaux français paraissaient en feuilles d’une si médiocre étendue que les grands journaux dépassaient à peine les dimensions des petits journaux d’aujourd’hui. Pour résister à la tyrannie des journalistes, Dauriat et Ladvocat, les premiers, inventèrent ces affiches par lesquelles ils captèrent l’attention de Paris, en y déployant des caractères de fantaisie, des coloriages bizarres, des vignettes, et plus tard des lithographies qui firent de l’affiche un poème pour les yeux et souvent une déception pour la bourse des amateurs. Les affiches devinrent si originales qu’un de ces maniaques appelés collectionneurs possède un recueil complet des affiches parisiennes. Ce moyen d’annonce, d’abord restreint aux vitres des boutiques et aux étalages des boulevards, mais plus tard étendu à la France entière, fut abandonné pour l’Annonce. Néanmoins, l'affiche, qui frappe encore les yeux quand l'annonce et souvent l'oeuvre sont oubliées, subsistera toujours, surtout depuis qu'on a trouvé le moyen de la peindre sur les murs.
L'annonce, accessible à tous moyennant finance, et qui a converti la quatrième page des journaux en un champ aussi fertile pour le fisc que pour les spéculateurs, naquit sous les rigueurs du timbre, de la poste et des cautionnements. Ces restrictions inventées du temps de M. de Villèle, qui aurait pu tuer alors les journaux en les vulgarisant, créèrent au contraire des espèces de privilèges en rendant la fondation d'un journal presque impossible. En 1821, les journaux avaient donc droit de vie et de mort sur les conceptions de la pensée et sur les entreprises de la librairie. Une annonce de quelques lignes insérée aux Faits-Paris se payait horriblement cher. Les intrigues étaient si multipliées au sein des bureaux de rédaction, et le soir sur le champ de bataille des imprimeries, à l'heure où la «mise en page» décidait de l'admission ou du rejet de tel ou tel article, que les fortes maisons de librairie avaient à leur solde un homme de lettres pour rédiger ces petits articles où il fallait faire entrer beaucoup d'idées en peu de mots. Ces journalistes obscurs, payés seulement après l'insertion, restaient souvent pendant la nuit aux imprimeries pour voir mettre sous presse, soit les grands articles obtenus, Dieu sait comme! soit ces quelques lignes qui prirent depuis le nom de «réclames». Aujourd'hui, les moeurs de la littérature et de la librairie ont si fort changé, que beaucoup de gens traiteraient de fables les immenses efforts, les séductions, les lâchetés, les intrigues que la nécessité d'obtenir ces réclames inspirait aux libraires, aux auteurs, aux martyrs de la gloire, à tous les forçats condamnés au succès à perpétuité. Dîners, cajoleries, présents, tout était mis en usage auprès des journalistes. 



Balzac, Illusions perdues.

jeudi 23 octobre 2014

Valeurs actuelles (1)




In memoriam M. de Margerie




Journal : Institution incapable de faire une différence entre un accident de bicyclette et l'effondrement de la civilisation.


G. B. Shaw





mardi 21 octobre 2014

Nouveau scandale dans le Monde de l'Art !


Après le plug anal de la place Vendôme...






...la célèbre Roue de bicyclette de Marcel Duchamp voilée !



dimanche 19 octobre 2014

A bout de souffle







Vends corbillard occasion  : levier de vitesse bloqué au point mort.


Pierre Dac



jeudi 16 octobre 2014

Last but not least





Des Indiens sortent pour la première fois de la... par lemondefr

Ils ont toujours vécu au cœur de la forêt amazonienne à l'écart du monde extérieur, mais sont sortis de la forêt, probablement pour fuir des orpailleurs ou des bûcherons. Quasi nus et armés d'arcs, des Indiens isolés ont créé le contact avec le département des affaires indigènes du Brésil et d'autres indigènes, les Ashaninkas, sur les berges du fleuve Envira.

C'est le 26 juin qu'a eu lieu la première approche des Indiens isolés. Ils sont apparus en train de traverser la rivière Envira près du village de Simpatia. « Ils sifflaient et faisaient des bruits d'animaux », explique Carlos Travassos directeur du département des Indiens isolés de la Funai au site G1 de Globo.

Cet expert en Indiens isolés a expliqué que les approches étaient assez fugaces et que les Indiens retournaient rapidement dans la forêt. Cela a recommencé les jours suivants, jusqu'au contact direct et pacifique qui a été facilité par deux interprètes indigènes qui parlent la langue pano et ont établi une relation de confiance avec eux. C'est alors qu'on pu être tournées ces images.

Selon l'anthropologue Terri Aquino de la Funai, l'approche a été faite probablement pour acquérir des haches, des coutelas et des casseroles. « Ce peuple est en quête de technologie. C'est important pour leur vie parce qu'il y a uneguerre” interne entre eux et en raison du contact avec des groupes non indigènes, a-t-il dit à G1. Ils ont raconté avoir été attaqués par des non-indigènes et beaucoup sont morts après avoir contracté la grippe et la diphtérie. »

La Funai a indiqué que, quand les Indiens isolés étaient revenus il y a trois semaines dans le village Simpatia, ils avaient la grippe. Une équipe médicale du gouvernement a été envoyée et a traité sept Indiens malades pour éviter la contamination de la tribu, qui compterait une cinquantaine de personnes. Cette information a été qualifiée d'« extrêmement préoccupante » par Survival International, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes, car des épidémies de grippe ont déjà anéanti des tribus entières par le passé.

Le Monde.fr

mercredi 15 octobre 2014

mardi 14 octobre 2014

samedi 11 octobre 2014

Après vendanges


Vue de Prague.


V'là les pesans qu'ont fait vendanges !
V'là les perssoués qui pissent leu' jus ;
On travaille aux portes des granges
A "rassarrer" l'vin dans les fûts.
L'vin ! Ça met des moignieaux qui chantent
Dans les coeurs et dans les servieaux,
Mais moué qui n'fait qu'de bouer de l'eau
J'me sens dans les boyeaux du vente
Comm' des gernouill's qui font coin-coin...
J' vourai ben m'foute eun' saoulé de vin !

Tout l'monde est saoul su'mon passage,
Mêm' le Maire qui vient d'marier
Deux bourgeouésiaux de l'environnage,
Et même itou Môssieu l'curé
Qu'a vidé trop d'foués son calice :
M'en v'là des gens qu'ont l'air heureux,
I's s'donn'nt la main ou l'bras entre eux,
I's s'étayent et s'rend'nt el sarvice
D'ramasser c'ti qu'a culbuté,
I's s'embrass'nt su'tous les coûtés
Au'nom de la fraternité.
Et leu's dégueulis s'applatissent
Coumm' des étouel's le long du chemin.
J'vourai ben m'foute eun' saoulé d'vin !

Allons les homm's, allons mes frères !
Allons avancez- moué-z-un verre,
J'veux fraterniser avec vous ;
J'veux oublier tout' ma misère
En trinquant et buvant des coups
Avec les grands, avec les grous !
J'veux aphysquer les idé's rouges,
Les idé's roug's et nouer's qui bougent
Dans ma caboch'de gueux et d'fou :
J'veux vous vouer et vouer tout en rose
Et crouer qu'si j'ai mal vu les choses
C'est p'têt' pas que j'étais pas saoul.
Allons, avancez-moué-z'un verre...
Je veux prend'e eun' cuite à tout casser
Et l'souer couché dans un foussé

Ou m'accottant à queuqu's tas de pierres
Pour cuver mon vin tranquill'ment
J'me rappell'rai p'têt' la prière
Que j'disais tous les souers dans l'temps,
Et l'bon Guieu et tout' sa bricole
Et la morale au maît' d'école,
Propriété, patrie, honneur,
Et respect au gouvarnement,
Et la longér' des boniments
Dont que j'me fous pour le quart d'heure.
Je trouv'rai p'têt'e itou qu'on a tort
D'voulouer se cabrer cont' son sort,
Que le mond' peut pas êt' sans misère,
Qu'c'est les grous chiens qui mang'nt les p'tits
Et qu'si je pâtis tant su c'tte terre
J'me rattrap'rai dans l'Paradis.

Allons les homm's, allons mes frères !
Je veux ben que j'n'ai pas l'drouet au pain,
Laissez-moué l'drouet à la chimère,
La chimèr' douc' des saoulés d'vin.


Gaston Couté, Après vendanges.


mardi 7 octobre 2014

Faut que ça saigne !







Commerce n. Sorte de transaction à travers laquelle A dépouille B des biens de C et en compensation de laquelle B soulage les poches de D de l'argent de E.

Ambrose Bierce, Le dictionnaire du Diable.




vendredi 3 octobre 2014

 Fantôme d'une ville






(...) Ces observations, incompréhensibles au delà de Paris, seront sans doute saisies par ces hommes d’étude et de pensée, de poésie et de plaisir qui savent récolter, en flânant dans Paris, la masse de jouissances flottantes, à toute heure, entre ses murailles ; par ceux pour lesquels Paris est le plus délicieux des monstres : , jolie femme ; plus loin, vieux et pauvre ; ici, tout neuf comme la monnaie d’un nouveau règne ; dans ce coin, élégant comme une femme à la mode. Monstre complet d’ailleurs ! Ses greniers, espèce de tête pleine de science et de génie ; ses premiers étages, estomacs heureux ; ses boutiques, véritables pieds ; de partent tous les trotteurs, tous les affairés. Eh ! quelle vie toujours active a le monstre ? À peine le dernier frétillement des dernières voitures de bal cesse-t-il au cœur que déjà ses bras se remuent aux Barrières, et il se secoue lentement.




Toutes les portes bâillent, tournent sur leurs gonds, comme les membranes d’un grand homard, invisiblement manœuvrées par trente mille hommes ou femmes, dont chacune ou chacun vit dans six pieds carrés, y possède une cuisine, un atelier, un lit, des enfants, un jardin, n’y voit pas clair, et doit tout voir. Insensiblement les articulations craquent, le mouvement se communique, la rue parle. À midi, tout est vivant, les cheminées fument, le monstre mange ; puis il rugit, puis ses mille pattes s’agitent. Beau spectacle ! Mais, ô Paris ! qui n’a pas admiré tes sombres paysages, tes échappées de lumière, tes culs-de-sac profonds et silencieux ; qui n’a pas entendu tes murmures, entre minuit et deux heures du matin, ne connaît encore rien de ta vraie poésie, ni de tes bizarres et larges contrastes. Il est un petit nombre d’amateurs, de gens qui ne marchent jamais en écervelés, qui dégustent leur Paris, qui en possèdent si bien la physionomie qu’ils y voient une verrue, un bouton, une rougeur. Pour les autres, Paris est toujours cette monstrueuse merveille, étonnant assemblage de mouvements, de machines et de pensées, la ville aux cent mille romans, la tête du monde. Mais, pour ceux-, Paris est triste ou gai, laid ou beau, vivant ou mort ; pour eux, Paris est une créature ; chaque homme, chaque fraction de maison est un lobe du tissu cellulaire de cette grande courtisane de laquelle ils connaissent parfaitement la tête, le cœur et les mœurs fantasques.






 Aussi ceux- sont-ils les amants de Paris : ils lèvent le nez à tel coin de rue, sûrs d’y trouver le cadran d’une horloge ; ils disent à un ami dont la tabatière est vide : Prends par tel passage, il y a un débit de tabac, à gauche, près d’un pâtissier qui a une jolie femme. Voyager dans Paris est, pour ces poètes, un luxe coûteux. Comment ne pas dépenser quelques minutes devant les drames, les désastres, les figures, les pittoresques accidents qui vous assaillent au milieu de cette mouvante reine des cités, vêtue d’affiches et qui néanmoins n’a pas un coin de propre, tant elle est complaisante aux vices de la nation française ! À qui n’est-il pas arrivé de partir, le matin, de son logis pour aller aux extrémités de Paris, sans avoir pu en quitter le centre à l’heure du dîner ? Ceux- sauront excuser ce début vagabond qui, cependant, se résume par une observation éminemment utile et neuve, autant qu’une observation peut être neuve à Paris il n’y a rien de neuf, pas même la statue posée d’hier sur laquelle un gamin a déjà mis son nom (...).


Balzac, Ferragus, chef des Dévorants.



Vues de Tianducheng

mardi 16 septembre 2014

Au cours du Tescou



Le Tescou


    Le massacre continue


Le Tescou après



Là, on abat une forêt




Ici, on dégomme des opposants






 
 Tout ceci, au profit de l'agro-industrie et de la clique affairiste locale.

    Un projet de barrage pharaonique soutenu par les barons du coin, notamment par l'infâme Carcenac (président du conseil général, PS comme il se doit -eh quoi ! On est sur les terres de Jaurès !). Pendant ce temps, la ministre de tutelle Royal fait des bulles.
   A noter, en guise de petite nouveauté, de réjouissantes chasses à l'homme organisées par des milices, sous l'oeil amusé de la gendarmesque.
   De quoi parachever la belle ouvrage socialiste.


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