samedi 28 juin 2014

Vol au dessus d'un nid de coucou (1)

Cornucopie







   A la longue, le Major Major vit avec plaisir les documents officiels s'accumuler sur son bureau, car passer toute la journée dans son bureau à les signer était moins ennuyeux que passer la journée dans son bureau à ne pas les signer. Ça l'occupait.


Joseph Heller, Catch 22.


samedi 14 juin 2014

Mesure pour mesure






    Si vous voulez passer pour grand auprès de vos contemporains, ne le soyez pas beaucoup plus qu'eux.

Ambrose Bierce


mardi 10 juin 2014

Les évacués


 Mstislav Doboujinsky - La drague
Lithographie extraite du recueil Pétersbourg en l'an 21, 1923.


    Il y avait une usine, et dans l'usine régnait l'injustice. Mais en ces temps d'injustice, les cheminées fumaient, les rouages des machines tournaient sans bruit, l'acier étincelait, les bâtiments étaient secoués par les trépidations bourdonnantes du travail.
    La justice est arrivée. Elle a été mal instaurée. L'acier est mort. On s'est mis à licencier les gens. Des camions les ont trimbalés de gare en gare, plongés dans une morne hébétude.
    Soumis à des lois inexorables, le peuple des ouvriers erre à présent à la surface de la terre sans savoir où il va, balayé comme de la poussière qui compte pour rien.
    Il y a quelques jours, on a procédé à une "évacuation" à l'usine de la Baltique. On a entassé quatre familles d'ouvriers dans un wagon. On a mis le wagon sur un bac et on a largué les amarres. Je ne sais pas si le wagon était bien ou mal arrimé. On dit qu'il ne l'était presque pas.
   Hier, j'ai vu ces quatre familles d'évacués. Ils sont à la morgue, allongés en rangs d'oignons. Vingt-cinq cadavres. Quinze d'entre eux sont des enfants. Ils ont des noms qui vont bien avec les catastrophes banales - Kouzmine, Koulikov, Ivanov... Personne qui ait plus de quarante-cinq ans.
   Toute la journée, des femmes de l'île Vassilievski et de Vyborg se sont bousculées à la morgue, parmi les cercueils blancs. Leurs visages sont pareils à ceux des noyés - gris.
    Elles sont avares de leurs larmes. Quiconque fréquente les cimetières sait bien que chez nous, on ne pleure plus aux enterrements. Les gens sont toujours pressés, désorientés, ils ont de petites pensées mesquines et acérées qui leu picotent sans relâche le cerveau.
    Les femmes s'apitoient surtout sur les enfants et déposent des billets de dix kopecks sur les petites mains croisées. La poitrine de l'une des mortes, qui serre contre elle son enfant de cinq mois, est recouverte d'argent.

 Mstislav Doboujinsky, La vie à Petrograd en 1920

    Je suis sorti. Près de la grille, dans une encoignure, deux vieilles femmes toutes courbées étaient assises sur un banc vermoulu. Elles regardaient de leurs yeux délavés et larmoyants le robuste gardien qui faisait fondre de la neige noire et spongieuse. Des ruisseaux sombres s'écoulaient sur la terre visqueuse.
    Les vieilles parlaient en chuchotant de leurs petits tracas quotidiens. Le fils du menuisier s'était engagé chez les gardes rouges, il s'était fait tuer. Il n'y avait pas de pommes de terre sur les marchés et il n'y en aurait pas de sitôt. Un Géorgien s'était installé dans le quartier, il vendait des bonbons, il avait séduit une lycéenne, une fille de général, il buvait de la vodka avec la milice, l'argent lui arrivait de tout les côtés.
    Après cela, une petite vieille a raconté, avec ses mots obscurs de paysanne, pourquoi vingt-cinq personnes étaient tombées dans la Néva.
   " Les angénieurs, ils sont tous partis des usines. Les Allemands, ils disaient que c'était leur terre à eux, ici. Alors les gens, ils ont un peu attendu, et puis ils ont tous abandonné leur logis, ils voulaient rentrer au pays. Les Koulikov, ma bonne dame, c'est à Kalouga qu'ils allaient. Ils se sont fabriqué un radeau. Trois jours, ils ont mis à le faire. Y en avait qui étaient bourrés, d'autres, ils en avaient gros sur le coeur, ils restaient là, assis, à réfléchir. Mais y avait pas d'angénieurs, et les gens du peuple, ils y connaissent rien. Quand le radeau a été fini, ils sont partis, tout le monde s'est dit au revoir. La rivière a commencé à s'agiter, et ils y sont tous restés, avec les femmes et les enfants... On leur a mis des beaux habits, huit mille qu'on a donné pour l'enterrement, fallait voir l'office des morts que c'était, y avait du brocard sur tous les cercueils, y a pas à dire, ça, c'est du respect pour les travailleurs ! "


Isaac Babel, Journal pétersbourgeois .



vendredi 6 juin 2014

Coupe du Monde




Pour contenir les troubles sociaux...





Nous ne voyons pas d'autres solutions.