vendredi 31 janvier 2014

L'hiver qui vient (7)









(...) Je ne puis quitter ce ton : que d'échos !...
C'est la saison, c'est la saison, adieu vendanges !...
Voici venir les pluies d'une patience d'ange,
Adieu vendanges, et adieu tous les paniers,
Tous les paniers Watteau des bourrées sous les marronniers (...)



Jules Laforgue, L'hiver qui vient.




jeudi 30 janvier 2014

L'hiver qui vient (6)









(...) Les cors, les cors, les cors - mélancoliques !...
Mélancoliques !...
S'en vont, changeant de ton,
Changeant de ton et de musique,
Ton ton, ton taine, ton ton !...
Les cors, les cors, les cors !...
S'en sont allés au vent du Nord. (...)



Jules Laforgue, L'hiver qui vient.

















La curée.





mercredi 29 janvier 2014

L'hiver qui vient (5)








(...) C'est la saison, c'est la saison, la rouille envahit les masses,
La rouille ronge en leurs spleens kilométriques
Les fils télégraphiques des grandes routes où nul ne passe.  (...)




Jules Laforgue, L'hiver qui vient.




mardi 28 janvier 2014

L'hiver qui vient (4)











(...) Allons, allons, et hallali !
C'est l'Hiver bien connu qui s'amène ;
Oh ! les tournants des grandes routes,
Et sans petit Chaperon Rouge qui chemine !...
Oh ! leurs ornières des chars de l'autre mois,
Montant en don quichottesques rails
Vers les patrouilles des nuées en déroute
Que le vent malmène vers les transatlantiques bercails !...
Accélérons, accélérons, c'est la saison bien connue, cette fois.

Et le vent, cette nuit, il en a fait de belles !
Ô dégâts, ô nids, ô modestes jardinets !
Mon coeur et mon sommeil : ô échos des cognées !...

Tous ces rameaux avaient encor leurs feuilles vertes,
Les sous-bois ne sont plus qu'un fumier de feuilles mortes ;
Feuilles, folioles, qu'un bon vent vous emporte
Vers les étangs par ribambelles,
Ou pour le feu du garde-chasse,
Ou les sommiers des ambulances
Pour les soldats loin de la France. (...)



Jules Laforgue, L'hiver qui vient.










































lundi 27 janvier 2014

L'hiver qui vient (3)




Pékin, ces temps-ci





(...)Soleils plénipotentiaires des travaux en blonds Pactoles
Des spectacles agricoles,
Où êtes-vous ensevelis ?
Ce soir un soleil fichu gît au haut du coteau
Gît sur le flanc, dans les genêts, sur son manteau,
Un soleil blanc comme un crachat d'estaminet
Sur une litière de jaunes genêts
De jaunes genêts d'automne.
Et les cors lui sonnent !
Qu'il revienne....
Qu'il revienne à lui !
Taïaut ! Taïaut ! et hallali !
Ô triste antienne, as-tu fini !...
Et font les fous !...
Et il gît là, comme une glande arrachée dans un cou,
Et il frissonne, sans personne !... (...)




Jules Laforgue, L'hiver qui vient.


dimanche 26 janvier 2014

L'hiver qui vient (2)









(...) Il bruine ;
Dans la forêt mouillée, les toiles d'araignées
Ploient sous les gouttes d'eau, et c'est leur ruine.(...)



Jules Laforgue, L'hiver qui vient.




samedi 25 janvier 2014

L'hiver qui vient




Don Mc Cullin, West-Hartlepool




Blocus sentimental ! Messageries du Levant !...
Oh, tombée de la pluie ! Oh ! tombée de la nuit,
Oh ! le vent !...
La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année,
Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées !...
D'usines....

On ne peut plus s'asseoir, tous les bancs sont mouillés ;
Crois-moi, c'est bien fini jusqu'à l'année prochaine,
Tant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,
Et tant les cors ont fait ton ton, ont fait ton taine !...

Ah, nuées accourues des côtes de la Manche,
Vous nous avez gâté notre dernier dimanche.(...)




Jules Laforgue, L'hiver qui vient.



jeudi 23 janvier 2014

Pouvoir temporel




Kiev, de nos jours.



Il n'y a point de religion sans mystères.


Chateaubriand, Génie du Christianisme.



mardi 21 janvier 2014

Noeud ferroviaire (3)

Terminus







 Michigan Central Station


Les gens qui n'ont plus rien à faire
Se suivent dans la rue
Comme des wagons de chemin de fer
Fer fer fer
Fer fer fer
Fer quoi faire...

Boris Vian, Fugue.





lundi 20 janvier 2014

Noeud ferroviaire (2)

Rock'n'Roll Circus

 

 





























Don't say what you mean           
You might spoil your face
If you walk in the crowd
You won't leave any trace
It's always the same
Your jumping someone else's train

It won't take long to learn
The new smile
You have to adapt
Or you'll be out of style
It's always the same
Your jumping someone else's train

If you pick up on it quick
You can say you were there
Again and again and again
Your jumping someone else's train

 It's the latest wave that you've been craving for
The old ideal was getting such a bore
Now your back in line
Going not quite as far
But in half the time
Everyone's happy, they're finally all the same
Because everyone's jumping everybody else's train

Jumping someone else's train
Jumping someone else's train
Jumping someone else's train


samedi 18 janvier 2014

Noeud ferroviaire (1)

News from nowhere




Au train où vont les choses, les choses où vont les trains vont bientôt cesser d'être des gares.

Pierre Dac


mardi 14 janvier 2014

Le vrai roi moderne























   ... A chaque évacuation de ce genre, la Société purifiée, ce semble,  recrutée dans une classe plus populaire, paraissait entrer d'un degré de plus dans la démocratie : 93 y fit le dernier effort, et se crut décidément tout près de l'égalité. Erreur, profonde erreur ! En 93, comme auparavant, par des moyens plus détournés, la bourgeoisie domina.
   J'entends ici, par bourgeoisie, la classe, peu nombreuse alors, qui savait lire, écrire, compter, qui pouvait (peu ou beaucoup) verbaliser, paperasser, le bureaucrate, le commis, celui qui peut l'être, l'ex-procureur, l'ex-clerc - le vrai roi moderne, le scribe.
    Tel est le fruit savoureux que la société européenne recueille d'avoir eu douze cents ans le prêtre pour seul instituteur. La masse entière (moins un centième) est restée à l'état barbare, c'est-à-dire mineure,incapable ; à la moindre affaire, la tête leur tourne ; il leur faut se remettre à cette minorité infime qui seule sait compter, griffonner. Elle se trouva peu à peu, alors comme aujourd'hui, maîtresse des affaires.
    Des dix ou douze membres d'un Comité de surveillance, des quarante, cinquante, cent membres d'une Société jacobine, presque tous alors étaient illettrés. Ces patriotes, généralement très embarrassés de leur royauté, ne manquaient pas d'aviser dans un coin l'homme modeste et discret qui pouvait tenir la plume. Il se faisait prier, presser, sommer, au nom de la Patrie; c'était ainsi, malgré lui, qu'il s'emparait des affaires. Les autres croyaient rester maîtres. Il ne les contrariait pas. Seulement, à toute chose qui n'était pas dans ses vues, il les arrêtait par des textes : "Oui, si le décret de brumaire, oui, si la loi de ventôse, n'y étaient contraires, etc., etc." A cela, ils ne savaient que dire, et suivaient comme des moutons.
    La bourgeoisie, fort mêlée aux clubs en 89, effrayée en 91 et un moment éloignée, y revint timidement par peur en 93, y régna peu à peu ensuite, les exploita à son profit.


 Michelet, Histoire de la Révolution française.




vendredi 10 janvier 2014

jeudi 2 janvier 2014

Champagne !





  

   Champagne, au sortir d'un dîner qui lui enfle l'estomac, et dans les douces fumées d'un vin d'Avenay ou de Sillery, signe un ordre qu'on lui présente, qui ôterait le pain à toute une province si on n'y portait remède.
     Il est excusable : quel moyen de comprendre, dans la première heure de la digestion, qu'on puisse quelque part mourir de faim ?

La Bruyère