mardi 11 mars 2014

Rue des maléfices





El condor pasa (détail), par Brunel et Girard, 2006.



- Me croirais-tu fou ? Supposerais-tu que le premier imbécile de psychiatre venu serait capable ne serait-ce que d’essayer de commencer à entrevoir les mécanismes de ma psyché ?
- Tu pourrais prendre un peu d’repos, chéri. Et tu pourrais écrire des choses dans tes petits cahiers.
- Ils essayeraient aussitôt de faire de moi un crétin, amateur de télévision, de voitures neuves et d’aliments surgelés ! Tu ne comprends donc pas ? La psychiatrie c’est pire que le communisme. Je ne veux pas de lavage de cerveau ! Je ne veux pas devenir un robot, un zombie !
- Mais Ignatius, tout d’même, y viennent en aide à des tas d’personnes qu’ont des ennuis.
- Crois-tu que j’ai un ennui ? beugla Ignatius. Les seuls ennuis de ces malheureux c’est de n’avoir point le goût des voitures neuves et de la laque en atomiseur. C’est pour cela qu’on les enferme ! Ils inspirent de la terreur aux autres membres de la société. Tous les asiles de ce pays jusqu’au dernier, sont plein de gens qui ne supportent pas la lanoline, la cellophane, le plastique, la télévision et les circonscriptions, de pauvres gens dont c’est le seul crime.

John Kennedy Toole, La conjuration des imbéciles.







1 commentaire:

  1. Une "conjuration" bientôt reprise (en avril-mai) par nos amis du Théâtre du Voyageur (voir notre rubrique "la bande à Chantal Mélior")...

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